Un bain touristique au Pernambuco!

Le mois de janvier rime avec été et plages bondées au Brésil. Les prix grimpent et de véritables bains de foule nous surprennent. Nous n’étions pas habitués à cela lors de nos passages dans les autres États moins populaires notamment en hiver. Entre architecture coloniale, attaques de requins, plages plus ou moins tranquilles, chemins idylliques sous les cocotiers et luxe à profusion, l’État du Pernambuco a de quoi réserver bien des surprises !

Du 6 au 13 janvier 2013
Praia de Coqueirinho (Paraíba) → Igarassu → Olinda → Recife → Praia Calhetas→ Praia Pontal de Maracaípe → Praia dos Carneiros → São José da Coroa Grande (Pernambuco)
317 km en 8 jours (Total : 6417 en 232 jours)
Par Vanessa de Terra Tributa

LA BELLE OLINDA

Nous passons trois jours à Olinda à arpenter ses rues pavés abruptes et à visiter quelques unes de ses 20 églises baroques. De toute beauté ! Fondée en 1535 par les Portugais, détruite en 1631 par les Hollandais et reconstruite au cours du XVIIIe siècle, le centre historique de cette ville fait aujourd’hui partie du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

La belle ville coloniale d’Olinda et au loin, la capitale du Pernambuco, Recife

La belle ville coloniale d’Olinda et au loin, la capitale du Pernambuco, Recife


L’église du Carmo située dans le centre historique d’Olinda est l’une des 20 églises qui font le charme de cette ville au bord de l’eau

L’église du Carmo située dans le centre historique d’Olinda est l’une des 20 églises
qui font le charme de cette ville au bord de l’eau

Nous visitons également quelques musées, dont la sympathique maison des marionnettes (Museu do Mamulengo en portugais). Seul musée de ce genre au Brésil, il contient une collection fascinante de 1 000 marionnettes anciennes et contemporaine. Nous y apprenons que le théâtre de marionnettes fait partie intégrante de la culture du Nord-Est, particulièrement dans les terres de l’intérieur. La photo ci-dessous représente un couple célèbre de bandits des années 20 et 30, Lampião et sa femme Maria Bonita. Notre guide nous informe que le cangaço a été une forme de banditisme typique du Nord-Est. Un véritable phénomène social à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle en réponse aux grandes inégalités sociales. Des bandes armées se sont formées en révolte contre les propriétaires terriens et le gouvernement. Elles ont semée la terreur dans les campagnes du Nord-Est.

Lampião et sa femme Maria Bonita est le couple fétiche représentant la mémoire de cette époque mouvementée.

Lampião et sa femme Maria Bonita est le couple fétiche représentant la mémoire de cette époque mouvementée.

Notre séjour à Olinda est particulièrement agréable grâce à notre ami Dado de CouchSurfing. Encore une fois, ce réseau social d’hébergement gratuit nous permet de rencontrer une personne extraordinaire ! Dado nous a ouvert les portes de son nouveau et très spacieux appartement en bord de mer. Jeune directeur d’une école de danse et de théâtre qu’il a lui-même créé (Casa Mecane), Dado travaille fort. Malgré cela, nous avons passé de bons moments avec lui à discuter tard le soir et tôt le matin avant qu’il parte travailler. Lorsque nous lui demandons si nous pouvons revenir chez lui durant le carnaval, il nous répond : « vous avez priorités sur les autres demandes ! ». En effet, nous ne sommes pas les seuls à chercher un logement durant les quelques jours de ces célèbres festivités.

 Merci à Dado pour son chaleureux accueil !

Merci à Dado pour son chaleureux accueil !


ATTAQUE DE REQUINS À RECIFE

Nous quittons Olinda afin de rejoindre la ville de Recife dans le trafic du matin. Nous avons quelques sueurs froides, mais nous trouvons rapidement une piste cyclable qui longe les plages urbaines de la ville. Nous sommes un peu surpris par cette foule compacte, heureusement que la ciclovia est plus tranquille que la plage !

Plage proche de Recife

Plage de Boa Viagem proche de Recife

Notre amie Audrey nous l’avait dit : « Lorsque j’étais à Recife, je me baignais souvent sur une plage sujette aux attaques de requins ! ». Depuis les années 90, on dénombre 56 victimes de requins sur une bande côtière d’à peine 20 km (21 personnes ont succombées à leur blessure). Pas très rassurant tout cela, nous avons donc préférés nous abstenir de la baignade ! Grâce à un intéressant documentaire du National Géographique, « L’invasion des requins », nous en apprenons un peu plus sur ce problème complexe qui pointe le doigt sur plusieurs actions humaines (passées et actuelles) dégradant l’environnement côtier de la capitale.

6-Quotidien-Affiche-Attaque-Requins-Recife-Pernambuco-Bresil©TerraTributa (1)

Une des principales causes de ces attaques était un abattoir, aujourd’hui fermé, qui déchargeait les restes de carcasses dans une rivière de la ville tout près des plages… Le développement industriel, le trafic maritime et l’augmentation des déchets perturbent les écosystèmes entourant cette ville (dont la barrière de corail autrefois garante de la protection contre les requins) et modifient le comportement des requins. Un rappel que nos actions ont souvent de graves répercussions sur le fragile équilibre de la nature.

À noter que pour un décès humain imputable aux requins, dix millions de sélachimorphes meurent par la pêche.


« QUE DIEU VOUS ACCOMPAGNE »

Nous continuons à pédaler loin de la ville, de ses foules et de ses requins pour camper sur le bord de la plage de Calhetas recommandé par notre ami Dado.

Plage de Calhetas

Plage de Calhetas

Grâce à la famille Bek, nous dormons près de cette plage même si normalement cela n’est pas permis. Les Bek campent ici depuis des années et ils se sont liés d’amitié avec les quelques habitants, dont la doyenne de l’endroit. En nous faisant passer pour des amis, la doyenne accepte que nous installions notre tente pour une nuit. Ouf ! Le chemin de terre à remonter (ou plutôt à pousser) ne nous tentait guère en cette fin de journée. La famille Bek, qui est évangélique, proclame une oraison afin que Jésus nous suive sur notre chemin. Avec tous les « que Dieu vous accompagne » que nous avons reçus depuis le début de ce périple, nous sommes bien protégés sur les routes « croyantes » du Brésil !

Merci à la famille Bek !

Merci à la famille Bek !


DÉCEPTIONS

En quittant la plage de Calhetas, nous nous dirigeons vers celle de Porto de Galinhas (littéralement le port des poules en portugais), une destination très courue pour ses piscines naturelles. La difficulté pour trouver un logement bon marché et la vision de la plage bondée de monde nous font lever les roues vers d’autres horizons. Nous continuons notre chemin en poussant nos vélos sur un chemin de terre qui nous mène à une rivière où des bateaux font la traverse. Nous apprécions la tranquillité du coin en cette fin de journée. Bertrand se mouille avec plaisir pour prendre quelques photos de Luciano lançant son filet traditionnel tarrafa au coucher du soleil sur la plage quasi déserte de Pontal de Maracaípe. Cette journée ponctuée de déceptions se finit en beauté en campant au pied d’un cocotier !

Luciano lançant son filet traditionnel tarrafa

Luciano, un pêcheur local lançant un filet traditionnel tarrafa


CHEMINS IDYLLIQUES

Nous quittons ce petit coin de paradis sur un jangada, bateau typique du Nord-Est propulsé par une voile ou à bras. Durant la journée, nous prenons trois petits bateaux pour traverser les rivières. Bien pratique afin d’emprunter des chemins au bord de l’eau.

Traversée d’une rivière sur un jangada, bateau typique du Nord-Est

Traversée d’une rivière sur un jangada, bateau typique du Nord-Est

Notre passage par cette plantation de cocotiers est un bon exemple de ces chemins tranquilles. La route est sablonneuse, mais le cadre est idyllique ! Nous longeons un océan aux eaux turquoise où des récifs coralliens nous invitent à la plongée en apnée à marée basse. Nous avons nagés avec les poissons à la plage de Pontal de Maracaípe. Magnifique et en prime, beaucoup moins de touristes qu’à Porto de Galinhas !

Plantation de cocotiers sur le bord de l’eau

Plantation de cocotiers sur le bord de l’eau


LUXE À PROFUSION

Un cadre idyllique reste peu souvent inhabité. Un peu plus loin, nous traversons plusieurs quartiers riches surveillés par des gardiens. Ces maisons de luxe nous ont particulièrement surpris avec d’un côté l’océan et de l’autre, la rivière servant de stationnement aux nombreux yachts… Brésil, terre de contraste où nous alternons entre pauvreté extrême et richesse « tape-à-l’œil ».

D’un côté l’océan et de l’autre, la rivière servant de stationnement aux nombreux yachts

D’un côté l’océan et de l’autre, la rivière servant de stationnement aux nombreux yachts

Au sud de l’État du Pernambuco, notre livre des plages du Brésil nous invite à visiter notre deuxième étendue de sable quatre étoiles, la plage dos Carneiros. Une autre déception pour nous… Premièrement, le voyage de bateau pour atteindre ce lieu coûte trois fois le prix des autres traversées. Ensuite, nous arrivons sur une plage bordée de restaurants huppés où il faut consommer pour pouvoir jouir de la vue. Nous continuons notre route puisque ce n’est pas ici que nous pourrons monter notre tente. Nous atterrissons finalement à l’autre bout de la plage dans un lotissement balnéaire. Puisque la nuit arrive, nous dormons entre les chalets de luxes sur un terrain vague où s’entremêlent herbe et déchets. Il faut avouer que nous avons une vue sans pareil ce qui nous permet d’admirer ce lever de soleil, notre plus beau de la région Nord-Est !

Lever de soleil sur la plage de Carneiros

Lever de soleil sur la plage dos Carneiros


TERRE FERTILE

Nous n’avons pas que des déceptions sur la plage dos Carneiros. En quittant le coin des restaurants huppés nous avons la joie d’admirer un groupe de petits singes agiles et joueurs, des ouistitis du nordeste (Callithrix jacchus). Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu des animaux sauvages ! La région du Nord-Est est en grande partie une vaste steppe semi-aride peuplée d’arbres rabougris et de cactus (le sertão). Nous avons pu le constater dans les États du Nord. Cependant, depuis quelques semaines, nous pédalons sur la longue bande de terre fertile bordant la côte des États du Sud (de l’État du Rio Grande do Norte à celui de Bahia). Terre fertile rime avec végétation luxuriante, le retour des oiseaux et des animaux. À notre plus grand bonheur ! Par contre, la culture de la canne à sucre entraîne un déboisement massif que nous avons pu constater en route.

Ouistitis du nordeste (Callithrix jacchus)

Ouistitis du nordeste (Callithrix jacchus)

Honnêtement, notre bain de foule dans l’État du Pernambuco a été une surprise. Malgré cela, nous en demandons encore car dans quelques semaines, nous allons revenir (15 heures en autobus) à Olinda et Recife afin de vivre l’un des carnavals les plus colorés du Brésil !

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